Rapport : Délinquance juvénile : quand l’instabilité familiale fragilise les enfants

Le Centre d’études des solidarités familiales et sociales (CESOF) publie un nouveau rapport intitulé Le rôle de la famille dans le parcours judiciaire d’un enfant mineur, rédigé par Emmanuel Bossard, docteur en histoire et chercheur en sciences sociales.

Ce rapport propose une analyse approfondie de la délinquance juvénile à partir d’un constat central : si ce phénomène est ancien, multifactoriel et irréductible à une cause unique, les parcours judiciaires des mineurs sont très fréquemment marqués par des situations d’instabilité familiale. L’étude s’appuie sur les données statistiques les plus récentes, sur une vaste revue de la littérature scientifique française et internationale, ainsi que sur une mise en perspective historique de long terme.

En France, la délinquance juvénile demeure un phénomène quantitativement significatif. En 2021, 198 100 mineurs ont été mis en cause par les parquets, soit 2,9 % des jeunes âgés de 10 à 17 ans. Cette proportion atteint près de 10 % chez les garçons de 16-17 ans, qui constituent la population la plus exposée. Ces chiffres confirment que la délinquance juvénile ne relève pas d’un phénomène marginal, mais concerne une fraction non négligeable d’une classe d’âge.

Le rapport met en évidence des corrélations robustes entre ruptures familiales et risque de délinquance, tout en rappelant avec rigueur qu’il ne s’agit pas d’une relation mécanique ou automatique. Toutes les séparations parentales ne produisent pas les mêmes effets. Les données analysées montrent ainsi que le taux de délinquance chez les garçons privés de père à la suite d’un décès est d’environ 7 %, tandis qu’il s’élève à 33 % lorsque l’absence du père résulte d’un divorce, et atteint 38 % en cas de recomposition familiale avec un beau-père. Ces écarts soulignent le rôle déterminant du contexte de la rupture, du niveau de conflictualité et de la stabilité du cadre éducatif.

L’étude souligne également que la séparation parentale constitue l’un des principaux facteurs d’appauvrissement des familles, en particulier des mères, et que la pauvreté est un facteur de risque constant et bien documenté de la délinquance juvénile. Elle met en lumière l’enchaînement fréquent entre rupture familiale, fragilisation économique, affaiblissement du contrôle parental, décrochage scolaire et exposition accrue aux comportements délinquants.

Un autre enseignement majeur du rapport concerne la relation étroite entre démotivation scolaire et délinquance. Le décrochage scolaire apparaît fortement corrélé aux infractions commises par les mineurs, mais il est lui-même très largement lié aux situations d’instabilité familiale et de désorganisation éducative. L’école ne constitue pas un univers autonome : elle reflète et amplifie souvent des fragilités déjà présentes dans le cadre familial.

Sans jamais céder au déterminisme ni à la stigmatisation, ce rapport rappelle que la famille demeure l’un des principaux facteurs de protection contre la délinquance, lorsqu’elle est stable, structurée et en capacité d’exercer une autorité éducative cohérente. Il invite ainsi à repenser les politiques de prévention de la délinquance juvénile en amont, en réintégrant pleinement la question de la stabilité familiale, de la responsabilité parentale et de la continuité éducative.

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